{"id":12848,"date":"2018-03-18T15:00:49","date_gmt":"2018-03-18T14:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/?p=12848"},"modified":"2019-04-17T11:55:33","modified_gmt":"2019-04-17T09:55:33","slug":"trans-border-les-enseignements-de-nathalie-magnan-video-n7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/blog\/2018\/03\/18\/trans-border-les-enseignements-de-nathalie-magnan-video-n7\/","title":{"rendered":"TRANS\/\/BORDER, Les Enseignements de Nathalie Magnan \/ Vid\u00e9o N\u00b07"},"content":{"rendered":"<p class=\"qtranxs-available-languages-message qtranxs-available-languages-message-en\">Sorry, this entry is only available in <a href=\"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12848\" class=\"qtranxs-available-language-link qtranxs-available-language-link-fr\" title=\"FR\">French<\/a>. For the sake of viewer convenience, the content is shown below in the alternative language. You may click the link to switch the active language.<\/p>[vc_row][vc_column width=&#8221;1\/2&#8243;][vc_column_text]\n<h2><span lang=\"EN-US\">Very Symbiotic ! <\/span>Pour des savoirs situ\u00e9s<br \/>\nHumains, machines, fleuves, algues et vers marins : vers une nouvelle symbiose?<\/h2>\n[\/vc_column_text][vc_column_text]\n<h2>Dimanche 18 mars 2018, 15h-17h<\/h2>\n[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=&#8221;1\/2&#8243;][vc_single_image image=&#8221;12852&#8243; img_size=&#8221;full&#8221; onclick=&#8221;custom_link&#8221; img_link_target=&#8221;_blank&#8221; link=&#8221;https:\/\/vimeo.com\/323091711&#8243;][vc_row_inner][vc_column_inner width=&#8221;1\/2&#8243;][vc_column_text]\n<p>le 17 Avril 2019<\/p>\n[\/vc_column_text][\/vc_column_inner][vc_column_inner width=&#8221;1\/2&#8243;][vc_btn title=&#8221;Voir la vid\u00e9o sur VIMEO&#8221; style=&#8221;flat&#8221; color=&#8221;black&#8221; size=&#8221;lg&#8221; i_icon_fontawesome=&#8221;fa fa-vimeo&#8221; add_icon=&#8221;true&#8221; link=&#8221;url:https%3A%2F%2Fvimeo.com%2F330622485||target:%20_blank|&#8221;][\/vc_column_inner][\/vc_row_inner][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]\n<p class=\"Standard\" align=\"left\"><i><strong>Conception\u00a0<\/strong>: Chlo\u00e9 Desmoineaux (artiste), intervenant.es\u00a0: Xavier Bailly (ing\u00e9nieur de recherches), Ewen Chardronnet (artiste), Vinciane Despret (philosophe, entretien pr\u00e9-enregistr\u00e9, pr\u00e9sente au d\u00e9bat via skype), Emilie Hache (philosophe), Jean-Paul Fereira (maire d\u2019Awala-Yalimapo)<\/i><i><\/i><\/p>\n[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]\n<p class=\"Quotations\" style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans la matin\u00e9e, la projection du film \u00ab\u00a0Donna Haraway : Story Telling for Earthly Survival\u00a0\u00bb de Fabrizio Terranova, constitue une tr\u00e8s utile introduction \u00e0 la table ronde qui commence par la projection du court de Nathalie Magnan \u00ab\u00a0Donna Haraway Reads the National Geographic of Primates\u00a0\u00bb, r\u00e9alis\u00e9 trente ans plus t\u00f4t. Apr\u00e8s une minute de respiration collective propos\u00e9e par Chlo\u00e9 Desmoineaux, les deux premiers intervenants orientent les d\u00e9bats sur la d\u00e9sacralisation de la symbiose, la n\u00e9cessit\u00e9 du vivre ensemble pour adopter l\u2019holobiont et privil\u00e9gier la coexistence de la verticalit\u00e9 et de l\u2019horizontalit\u00e9. Puis \u00e0 travers l\u2019entretien enregistr\u00e9 de Vinciane Despret, d\u00e9butent des \u00e9changes sur la relation\/proximit\u00e9 entre nature et culture, entre humains et animaux, entre morts et vivants et sur le besoin d\u2019opposer \u00e0 l\u2019anthropoc\u00e8ne (centraliste) une vision nouvelle, le chtuluc\u00e8ne (multi-sp\u00e9ciste). \u00c9milie Hache d\u00e9veloppe ensuite les concepts d\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et d\u2019\u00e9cosexualit\u00e9 discut\u00e9s lors de la soir\u00e9e \u00c9cosex. L\u2019\u00e9vocation critique de la Guyane, son histoire coloniale et politique, sa g\u00e9ographie, ses interactions entre populations, son fleuve, ancienne voie d\u2019\u00e9changes, et aujourd\u2019hui fronti\u00e8re contest\u00e9e, cl\u00f4ture la table-ronde.<\/span><\/p>\n[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]\n<p class=\"Textbody\">Le film de Fabrizio Terranova, \u00ab\u00a0 <i>Donna Haraway, Story Telling for Earthly survival\u00a0\u00bb (<\/i>2016, 77\u2019), est unanimement salu\u00e9 et joue parfaitement son r\u00f4le d\u2019introduction \u00e0 la pens\u00e9e complexe de Donna Haraway, facilitant ainsi la r\u00e9ception de la table ronde de l\u2019apr\u00e8s-midi. <strong>Fabrizio Terranova nous avait l\u2019honneur et l\u2019amiti\u00e9 d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent durant les trois journ\u00e9es et d\u2019\u00e9changer, apr\u00e8s la projection, avec Chlo\u00e9 Desmoineaux et avec la salle.<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">Puis le film de Nathalie Magnan, \u00ab\u00a0<i>Donna Haraway Reads the National Geographic of Primates\u00a0\u00bb (<\/i>1987, 27\u2019) est projet\u00e9.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Reprenant une pratique r\u00e9currente exp\u00e9riment\u00e9e avec Nathalie Magnan dont elle \u00e9tait l\u2019\u00e9tudiante, Chlo\u00e9 Desmoineaux propose une minute de respiration collective rythm\u00e9e par un dessin g\u00e9om\u00e9trique anim\u00e9. Elle propose ensuite \u00e0 l\u2019assistance de prendre une part active \u00e0 la s\u00e9ance, d\u2019entrer en interaction, de penser ensemble comment raconter de nouvelles histoires, penser la symbiose et le brouillage des fronti\u00e8res, sortir de modes de pens\u00e9e binaires. Elle passe la parole \u00e0 Xavier Bailly.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>D\u00e9sacraliser la symbiose<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">Xavier Bailly se pr\u00e9sente comme scientifique travaillant \u00e0 la station biologique de Roscoff sur ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la symbiose, notion qu\u2019il se propose de d\u00e9sacraliser. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un texte parlant de Nathalie Magnan comme artiste de la relation, travaillant \u00e0 la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Il pr\u00e9sente en images le <i>symsagittifera roscoffensis\u00a0<\/i>: traces vertes sur les plages \u00e0 mar\u00e9e descendante qui ne sont pas des algues mais des animaux photosynth\u00e9tiques, termes qui constituent un oxymore, seules les plantes \u00e9tant capables de photosynth\u00e8se. Leur seule nourriture vient de la capacit\u00e9 photosynth\u00e9tique des trente \u00e0 quarante mille micro-algues qui les habitent et les nourrissent et leur donnent la couleur verte que n\u2019ont pas les juv\u00e9niles tant qu\u2019ils n\u2019ont pas trouv\u00e9 leur partenaire alguial, condition de leur survie. \u00c0 l\u2019alliance entre l\u2019animal et les micro-algues qui prolif\u00e8rent sous son \u00e9piderme, s\u2019associent des cohortes de bact\u00e9ries et de virus. L\u2019ensemble constitue une unit\u00e9 fonctionnelle qui, comme tout organisme, doit maintenir un \u00e9quilibre dans le d\u00e9s\u00e9quilibre\u00a0: ce n\u2019est pas un partage de b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 50\/50. L\u2019\u00e9volution stimule continuellement l\u2019\u00e9mergence et le maintien des diff\u00e9rences. Nous sommes tous des \u00e9quilibres apparents et des d\u00e9s\u00e9quilibres fonctionnels. La symbiose signifie tout simplement le fait de vivre ensemble. La symbiose est morte, longue vie \u00e0 l\u2019holobiont, ensemble des partenaires et acteurs qui, tout au long d\u2019une vie, participent au d\u00e9veloppement de l\u2019entit\u00e9 observ\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>R\u00e9inventer la repr\u00e9sentation des arbres<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c0 la suite, Ewen Chardronnet, qui organise \u00e0 Roscoff, \u00e0 l\u2019invitation de Xavier Bailly, des r\u00e9sidences d\u2019artistes, rend hommage \u00e0 Lynn Margulis \u00e0 l\u2019origine des th\u00e9ories endosymbiotiques et introductrice de la notion d\u2019holobiont, qui s\u2019est \u00e9lev\u00e9e violemment contre l\u2019argument du \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fice mutuel\u00a0\u00bb attribu\u00e9 \u00e0 la symbiose comme entach\u00e9 d\u2019anthropomorphisme, calqu\u00e9 sur les notions d\u2019\u00e9conomie dans lesquelles le vivant n\u2019a rien \u00e0 voir. Donna Haraway, dans <i>Staying in the trouble<\/i>rend tribut \u00e0 Lynn Margulis et souligne le paradoxe suivant\u00a0: c\u2019est au moment o\u00f9 les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9volution de Margulis sont reconnues actant de partenariats multiples et non hi\u00e9rarchis\u00e9s entre esp\u00e8ces qu\u2019appara\u00eet le mot anthropoc\u00e8ne qui recentralise sur la notion d\u2019anthropocentrisme. Margulis, dans L\u2019Univers bact\u00e9riel cite le vers de Roscoff dans un propos futurologiste o\u00f9 les humains auraient des capacit\u00e9s de photosynth\u00e8ses. Avec la formule <i>Make kin not babies<\/i>(faites du lien pas des b\u00e9b\u00e9s). S\u2019appuyant sur la phylog\u00e9n\u00e9tique de Margulis, Haraway appelle \u00e0 relativiser la verticalit\u00e9 de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 pour valoriser l\u2019horizontalit\u00e9 des transferts de g\u00eanes entre les esp\u00e8ces.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Ewen Chardronnet propose alors une promenade phylog\u00e9n\u00e9tique sur la mani\u00e8re de repr\u00e9senter les arbres \u00e9volutifs, d\u2019abord comme partant du haut, descendant du ciel, puis comme venant du sol dans lequel ils sont ancr\u00e9s. Darwin, peu satisfait de l\u2019image de l\u2019arbre, avait tent\u00e9 de proposer une repr\u00e9sentation en corail de la vie, qui continue de cro\u00eetre sur les branches mortes, pouvant illustrer la disparition de certaines esp\u00e8ces. Les recherches sur l\u2019iconologie de la symbiose, conduisent \u00e0 \u00e9voquer Mereschkowski qui a th\u00e9oris\u00e9 la symbiogen\u00e8se (notion explicit\u00e9e par X. Bailly) \u00e0 partir de ses travaux sur les lichens et a le premier con\u00e7u une repr\u00e9sentation faisant une part \u00e0 la lat\u00e9ralit\u00e9 en 1910. On ne retrouve plus ensuite de telles repr\u00e9sentations avant les ann\u00e9es 1990, ce qui correspond \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des travaux de Margulis. Les repr\u00e9sentations en r\u00e9seau, associant verticalit\u00e9 et horizontalit\u00e9, et non plus en arbre vertical, ne datent que d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>Brouiller les fronti\u00e8res entre nature et culture<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">Chlo\u00e9 Desmoineaux lance ensuite la vid\u00e9o titr\u00e9e \u00ab\u00a0<i>Hope in the dark, nouvelles connexions entre les mort.es et les vivant.es\u00a0\u00bb <\/i>de l\u2019entretien que les \u00e9tudiant.es de l\u2019Erg emmen\u00e9.es par Peggy Pierrot ont r\u00e9alis\u00e9 avec Vinciane Despret, qui nous rejoindra pour le d\u00e9bat par <i>skype<\/i>.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Vinciane Despret rend hommage au livre de Rebecca Solnit <i>Hope in the dark<\/i>qui explique comment l\u2019invention du viagra a sauv\u00e9 les caribous\u00a0: l\u2019am\u00e9lioration par voie de chimie des performances sexuelles ont mis fin au pr\u00e9l\u00e8vement sur les bois et ramures des caribous de substances dont on pensait qu\u2019elles \u00e9taient aphrodisiaques. Ainsi Rebecca Solnit, comme Donna Haraway et comme Nathalie Magnan, brouille les fronti\u00e8res entre nature et culture (si tant est que ces termes aient une signification), entre humains et animaux, entre des niveaux et r\u00e9gimes totalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Selon le geste que Donna Haraway nous a appris \u00e0 op\u00e9rer, elles pratiquent les alliances partielles. Ce sont des alliances de compromission, hautement improbables, la mise en connexion de situations qui ne le sont habituellement que sur le mode de la d\u00e9nonciation. Faire advenir le viagra, produit de l\u2019industrie pharmaceutique, comme protecteur \u00e9cologique c\u2019est brillant. Et c\u2019est plein d\u2019humour. Ce que Nathalie Magnan faisait en adoptant le cyborg pour cr\u00e9er des identit\u00e9s multiples avec qui faire alliance. Ce qui est tr\u00e8s lisible chez toutes les trois, c\u2019est la non volont\u00e9 de puret\u00e9, la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la purification, le refus de l\u2019innocence. Elles nous ont appris ce que les mouvements activistes ont tellement de difficult\u00e9 \u00e0 accomplir, rompre avec l\u2019id\u00e9al de puret\u00e9 comme plus toxique.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Elle aborde ensuite la question de la proximit\u00e9. La proximit\u00e9 avec les animaux n\u2019a cess\u00e9 de se construire et d\u2019\u00e9voluer depuis les ann\u00e9es 1980\u00a0: par le biais de la ressemblance (on sait maintenant que leurs comp\u00e9tences cognitives ne sont pas \u00e9loign\u00e9es des n\u00f4tres), par des voies affectives, par des voies activistes. Dans quelles niches \u00e9cologiques \u00e7a se construit\u00a0? qu\u2019est-ce que \u00e7a demande\u00a0? qu\u2019est-ce que \u00e7a permet aux \u00eatres en pr\u00e9sence de faire qu\u2019ils ne faisaient pas avant que cette proximit\u00e9 ne soit \u00e9tablie\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Avec les morts, on voit comment \u00e7a se construit au cas par cas, par les rituels\u2026 Une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage c\u2019est une construction de proximit\u00e9 qui modifie les \u00eatres en pr\u00e9sence. La vision anthropologique propose que les rituels fun\u00e9raires permettaient de renforcer les liens entre les membres d\u2019une communaut\u00e9 bless\u00e9e. Mais alors le mort n\u2019est consid\u00e9r\u00e9 que comme un figurant\u00a0! Alors que c\u2019est lui l\u2019acteur principal de l\u2019affaire\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Textbody\">L\u2019analyse de Magali Molinier est diff\u00e9rente\u00a0: ceux qui viennent parler du mort lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage font exister des parts de sa subjectivit\u00e9 que les autres n\u2019ont pas connues, qui vont appara\u00eetre comme extr\u00eamement contradictoires, compartiment\u00e9es, alors qu\u2019elles \u00e9taient unifi\u00e9es dans l\u2019individu vivant. Ces multiples fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre vont alors se r\u00e9unifi\u00e9es selon un nouveau mode. Les participants repartiront avec un mort auquel ils seront connect\u00e9s diff\u00e9remment, avec des parts de cette personne dont ils n\u2019avaient pas connaissance, un mort plus actif, plus complet, plus consistant, amplifi\u00e9, qui aura donc plus d\u2019effet dans le monde. C\u2019est une construction de proximit\u00e9. Le mort r\u00e9unit des gens qui auraient peu de chances d\u2019\u00eatre connect\u00e9s ensemble, comme le fait Nathalie ici et maintenant\u00a0: ici pendant ce tournage, \u00e0 Marseille quand le film sera projet\u00e9\u2026 pour poser la question\u00a0: comment on prolonge\u00a0? qu\u2019est-ce que le mort nous demande de faire\u00a0? qu\u2019est-ce qu\u2019il attend de nous\u00a0? pourquoi on le tutoie, alors qu\u2019il est dans une petite bo\u00eete\u00a0? pourquoi on lui parle au pr\u00e9sent, alors qu\u2019il est mort\u00a0? Il s\u2019agit de garder le mort avec nous en tant que choses \u00e0 faire. Ce n\u2019est pas seulement que faire mais comment le faire.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c0 l\u2019\u00e9cran s\u2019affiche\u00a0: hommage, \u00e9tymologie\u00a0: de homme avec le suffixe -age.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Vinciane Despret encha\u00eene\u00a0: on devrait parler de femmage pour Nathalie. Soyons tous femmes. Nathalie disait\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019identit\u00e9 c\u2019est pas dans le b\u00e9ton\u00a0\u00bb. On pourrait en faire un film de gangsters ou une manifestation de la subjectivit\u00e9 <i>queer<\/i>.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>L\u2019anthropoc\u00e8ne, un discours dominant<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c9milie Hache repart de la co\u00efncidence point\u00e9e par E. Chardronnet de l\u2019apparition de la notion d\u2019anthropoc\u00e8ne avec la mise en visibilit\u00e9 des th\u00e9ories endosymbiotiques de Lynn Margulis. Elle se propose de creuser le contraste entre les histoires symbiotiques et celles qui ne le sont assur\u00e9ment pas. Elle rappelle que l\u2019anthropoc\u00e8ne dispose que l\u2019esp\u00e8ce humaine, \u00e0 travers ses activit\u00e9s depuis des dizaines ou des centaines d\u2019ann\u00e9es, serait devenue la force g\u00e9ologique la plus influente sur le climat, justifiant la cr\u00e9ation de cette nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique pour rendre compte de cet impact.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Elle fait part du malaise qu\u2019elle a \u00e9prouv\u00e9 devant le succ\u00e8s fulgurant, dans le champ des sciences humaines, de cette nouvelle notion, rendant suspecte toute tentative de la questionner, l\u2019urgence \u00e9tant trop grave pour qu\u2019on se le permette. Elle propose de s\u2019appuyer sur la proposition de Donna Haraway\u00a0: ne pas se perdre dans les critiques (sans en nier l\u2019importance), ne pas se perdre dans les d\u00e9bats pour ou contre cette proposition devenue le discours dominant, l\u00e9gitime et s\u00e9rieux, convenir qu\u2019il faut faire avec\u2026 mais comment\u00a0? La fa\u00e7on de r\u00e9pondre \u00e0 ce nouveau grand r\u00e9cit, qui pose \u00e9norm\u00e9ment de probl\u00e8mes, c\u2019est, tout en le d\u00e9cortiquant, tout comprenant les enjeux qu\u2019il y a derri\u00e8re, de proposer d\u2019autres histoires, d\u2019autres r\u00e9cits comme le fait Haraway\u00a0: un r\u00e9cit de science-fiction, sp\u00e9culatif, de fabulation, d\u2019histoires enchev\u00eatr\u00e9es entre les terriens, ce qu\u2019elle appelle le <i>chtuluc\u00e8ne <\/i>(mixte orthographique et conceptuel entre une petite araign\u00e9e de Californie et les forces chtoniennes, tentaculaires, rhisomatiques, faites de connexions complexes, co-\u00e9volutives, entre les terriens, r\u00e9cit fondamentalement non exceptionnaliste.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">On a souvent mis en avant le contraste entre la dimension naturaliste de l\u2019anthropoc\u00e8ne qui met l\u2019humain au centre de tout et le multi-sp\u00e9cisme du chtuluc\u00e8ne. Ce qui est moins connu, c\u2019est ce que pointe B\u00e9n\u00e9dicte Ziktouni\u00a0: Donna Haraway parle d\u2019un temps qui a \u00e9t\u00e9, qui est toujours et qui pourrait encore \u00eatre. L\u2019anthropoc\u00e8ne, comme tous les r\u00e9cits naturalistes, est l\u2019histoire d\u2019une coupure, qui s\u2019accompagne de l\u2019obsession de trouver la date \u00e0 laquelle \u00e7a a commenc\u00e9, \u00e0 laquelle nous sommes devenus nous-m\u00eames, l\u2019humain exceptionnel, cette esp\u00e8ce g\u00e9niale, aboutissement et perfection de la cr\u00e9ation, coupure avec le monde naturel, pour notre plus grande faute et notre plus grande gloire.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c0 l\u2019inverse, le chtuluc\u00e8ne ce sont des histoires de connexions qui font tenir le monde, qui sont le monde lui-m\u00eame. Les multiples pratiques co-\u00e9volutives, multi-sp\u00e9cifiques, non exceptionnalistes, que nous inventons aujourd\u2019hui ne font que prolonger d\u2019autres pratiques similaires qui ont toujours exist\u00e9. Si l\u2019anthropoc\u00e8ne suscite une forme de terreur c\u2019est qu\u2019il se situe d\u2019un point de vue qui \u00e9crase le monde. S\u2019il y a changement d\u2019\u00e8re g\u00e9ologique, rien ne sera \u00e0 la hauteur pour lui r\u00e9sister\u00a0: ni le mara\u00eechage, ni la bio-dynamique, ni une esp\u00e8ce sauv\u00e9e\u2026 Les termes dans lesquels cette histoire pose le probl\u00e8me impose la r\u00e9ponse\u00a0: la g\u00e9o-ing\u00e9nierie, ensemble de techniques qui visent \u00e0 manipuler et modifier le climat \u00e0 l\u2019\u00e9chelle 1. Face \u00e0 ce r\u00e9cit, qui nous dit que c\u2019est foutu, le chtuluc\u00e8ne r\u00e9sonne comme un cri\u00a0: Non, les jeux ne sont pas faits, la partie n\u2019est pas termin\u00e9e. Nous devons d\u00e9finir quelles histoires nous importent, lesquelles nous d\u00e9truisent, nous excluent, lesquelles nous font une place, permettent que l\u2019air soit respirable. Les histoires ne sont pas que descriptives, elles agissent, elles fabriquent le monde, elle sont le monde. \u00c0 travers elles, nous prenons partie pour les ruines ou pour la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Nous sommes dans une n\u00e9cessit\u00e9 vitale de raconter d\u2019autres histoires.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Le r\u00e9cit de Haraway fait \u00e9cho aux pratiques terriennes de soins \u00e9voqu\u00e9es vendredi dans la soir\u00e9e <i>\u00c9cosex,<\/i>lesquelles font r\u00e9f\u00e9rence au mouvement des terres lesbiennes en Oregon dans les ann\u00e9es 1970-1980. Pour ces communaut\u00e9s rurales, f\u00e9minines, f\u00e9ministes, lesbiennes, s\u00e9paratistes, qui pr\u00f4naient le retour \u00e0 la terre, la sexualit\u00e9 jouait un r\u00f4le fondamental. La dimension sexuelle s\u2019\u00e9tendait aux rapports sensuels et charnels qu\u2019elles entretenaient avec le monde vivant\u00a0: se masturber, faire l\u2019amour dehors, au lever du soleil, au creux d\u2019un rocher br\u00fblant, au rythme des chants d\u2019oiseaux, \u00eatre sensible au dessin d\u2019un sein dans la courbe d\u2019une montagne ne relevaient pas de l\u2019\u00e9rotisation de la nature mais d\u2019une suspension, d\u2019une mise \u00e0 distance de notre culture avec le monde vivant pour retrouver la dimension sexu\u00e9e du monde sensible partag\u00e9 avec tous les vivants. C\u2019est ce qu\u2019on retrouve, quelques trente ans plus tard, chez ces activistes \u00e9cosexuelles, filles b\u00e2tardes de Starhawk et de Haraway, que sont Annie Sprinkle et Beth Stephens.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">E. Hache fait r\u00e9f\u00e9rence au livre <i>Vingt-cinq fa\u00e7ons de faire l\u2019amour avec la terre<\/i>, dont la premi\u00e8re est de direc \u00e0 la terre qu\u2019on l\u2019aime, qu\u2019on ne peut pas vivre sans elle. Les auteures reconnaissent que cela provoque peut-\u00eatre de la g\u00eane mais <i>Let\u2019s go, it\u2019s ok, <\/i>ajoutent-elles. Une mani\u00e8re de rendre audible ce lien sensuel avec le monde vivant dont on fait partie. Il ne nous est pas demand\u00e9 d\u2019y croire mais de se laisser toucher par l\u2019\u00e9rotisme, la joie, la peine qui s\u2019expriment \u00e0 travers lui.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>Guyane, terre d\u2019\u00e9changes et de fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">Jean-Paul Fereira salue l\u2019assistance en kali\u2019na pour faire entendre quelques sonorit\u00e9s de sa langue, de son Amazonie natale. En introduction \u00e0 son propos, il rend hommage \u00e0 Marielle Franco, morte il y a quelques jours, sous les balles, \u00e0 Rio o\u00f9 elle \u00e9tait \u00e9lue municipale, o\u00f9 elle luttait pour les minorit\u00e9s noires et contre les violences polici\u00e8res. Il revient ensuite sur la situation en mer M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e9voqu\u00e9e le premier jour, qui interroge fortement la Guyane comme retour sur l\u2019histoire de ces populations \u00e0 qui on a dit que leurs cultures \u00e9taient inf\u00e9rieures, que l\u2019Europe \u00e9tait l\u2019id\u00e9al de vie, \u00e0 qui on tout pris, les ressources naturelles et la vie m\u00eame et doivent aujourd\u2019hui \u00eatre respect\u00e9s, accept\u00e9s, aid\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Sa pr\u00e9sentation sera diff\u00e9rente de ce qui \u00e9tait annonc\u00e9. Il ne se reconna\u00eet pas dans les termes TRANS\/\/BORDER qui, certes, invite \u00e0 transgresser mais reconna\u00eet qu\u2019on a des limites. Pour lui, c\u2019est NO BORDER, il n\u2019y a pas de limites, c\u2019est ce qu\u2019il faut pouvoir int\u00e9grer. Il traitera cette question \u00e0 travers l\u2019histoire du Pays d\u2019art et d\u2019histoire d\u2019Awala-Yalimapo, commune dont il est le maire depuis bient\u00f4t trois mandats.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Awala-Yalimapo est une commune de 1\u00a0400 habitants qui se situe entre l\u2019estuaire du Maroni, fronti\u00e8re avec le Surinam, et celui de la Mana. Elle est habit\u00e9e \u00e0 80% par des Kali\u2019na, une des sept ethnies am\u00e9rindiennes pr\u00e9sentes en Guyane et la plus importante, bas\u00e9e essentiellement sur le littoral.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">J.-P. Fereira rappelle quelques donn\u00e9es historiques\u00a0: 1492, l\u2019arriv\u00e9e de Christophe Colomb \u00e0 un moment o\u00f9 le plateau des Guyanes \u00e9tait occup\u00e9 par les Kali\u2019na qui avaient commenc\u00e9 \u00e0 progresser vers le nord, mouvement stopp\u00e9 net par l\u2019arriv\u00e9e de Colomb. Seule l\u2019\u00eele de la Dominique compte encore quelques Kali\u2019na dans sa population\u00a0; 1852, la France installe le bagne en Guyane\u00a0; 1946, la d\u00e9partementalisation fait cesser le statut de colonie et s\u2019accompagne d\u2019une politique d\u2019assimilation institutionnelle et culturelle\u00a0; 1969, politique de francisation de populations qui \u00e9taient jusque l\u00e0 apatrides, avec les droits et les devoirs attach\u00e9s \u00e0 la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0; 1984, premi\u00e8res revendications politiques adress\u00e9es au gouvernement fran\u00e7ais par les peuples autochtones pour que leur existence soit reconnue, ce qui ne pr\u00e9voit pas la constitution.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">J.-P. Fereira passe rapidement sur la r\u00e9pression dont ont \u00e9t\u00e9 victimes les personnes \u00e0 la t\u00eate de ces revendications qui touchaient en premier lieu la question de la terre. En 1987, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais adopte un d\u00e9cret modificatif de son domaine priv\u00e9 pr\u00e9voyant qu\u2019un droit d\u2019usage soit accord\u00e9 aux populations autochtones, \u00e0 condition qu\u2019elles soient organis\u00e9es en associations, pour leur permettre d\u2019utiliser des terres consid\u00e9r\u00e9es comme propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, ce qui existe encore aujourd\u2019hui\u00a0! 1988 voit la cr\u00e9ation de la commune d\u2019Awala-Yalimapo par d\u00e9tachement de la commune de Mana.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">La premi\u00e8re mandature de la municipalit\u00e9 actuelle date de 2001. Une politique culturelle est imm\u00e9diatement adopt\u00e9e avec le parti pris de ne travailler que sur la culture. Le d\u00e9veloppement territorial passe forc\u00e9ment par la prise en compte de la culture de cette population mill\u00e9naire, il s\u2019agit de passer par une forme de dignit\u00e9 retrouv\u00e9e. C\u2019est cette politique qui a permis d\u2019obtenir le label Pays d\u2019art et d\u2019histoire, marquant la reconnaissance par l\u2019\u00c9tat de la pr\u00e9sence de cette population, de son patrimoine mat\u00e9riel et immat\u00e9riel, naturel et culturel, intimement li\u00e9s dans la culture kali\u2019na. Ces avanc\u00e9es ne vont pas sans d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s eu \u00e9gard au droit positif fran\u00e7ais. Il faut constamment louvoyer pour \u00eatre reconnus, avoir les moyens de notre action, bousculer l\u2019ordre des choses. L\u2019ambition est notamment d\u2019associer nos fr\u00e8res et s\u0153urs du pays tiers, le Surinam, dont nous avons \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s juridiquement et administrativement il y a quelques si\u00e8cles par les colonies qui occupaient nos territoires puis par les pays maintenant ind\u00e9pendants. Le fleuve, qui fonctionne comme fronti\u00e8re administrative est pour nous un axe de communication, un lien \u00e9troit entre nos populations. La situation actuelle n\u2019a pas de sens pour nous, elle ne nous convient pas. Nous souhaitons un d\u00e9veloppement alternatif et non impos\u00e9 par Paris qui permettre un nouvel essor \u00e0 nos cultures, nos savoir-faire, notre bien-\u00eatre, dans un futur o\u00f9 seront m\u00eal\u00e9es les cultures occidentale et kali\u2019na, dans une vision qui n\u2019est ni conservatrice, ni, a fortiori, pass\u00e9iste mais ouverte et sans fronti\u00e8res conform\u00e9ment aux valeurs que nous partageons tous ici aujourd\u2019hui de solidarit\u00e9 et de justice.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Dans une Guyane en construction (cf. l\u2019\u00e9bullition que nous avons connue encore il y a quelques mois sur des questions sociales, \u00e9conomiques, de s\u00e9curit\u00e9\u2026), les Am\u00e9rindiens souhaitent prendre leur part de contribution.<\/p>\n<p class=\"Inter\"><strong>Entre histoire, g\u00e9ographie et savoirs situ\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p class=\"Textbody\">Chlo\u00e9 Desmoineaux propose de prendre quelques minutes pour dig\u00e9rer tout \u00e7a, le temps de discussions entre voisins dans la salle avant d\u2019encha\u00eener sur des \u00e9changes collectifs.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c9milie Hache pose imm\u00e9diatement une question \u00e0 Ewen\u00a0: \u00e0 quelle date apparaissent les arbres g\u00e9n\u00e9alogiques. Peut-il confirmer que leur apparition correspond au moment, XVe\u00a0\u2013 XVIe si\u00e8cle, o\u00f9 les for\u00eats avec lesquelles on vivait jusque l\u00e0 sont d\u00e9truites en m\u00eame temps que les communaux\u00a0? Sans pouvoir citer la r\u00e9f\u00e9rence, Ewen Chardronnet confirme la datation approximative et la co\u00efncidence.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Reine Prat demande \u00e0 J.-P. Fereira s\u2019il peut expliciter la d\u00e9cision prise, il y a quelques mois, par certains pays d\u2019accorder le statut de personne \u00e0 des fleuves, d\u00e9cision li\u00e9e aux revendications de peuples autochtones, qui a motiv\u00e9 l\u2019invitation qui lui a \u00e9t\u00e9 faite d\u2019intervenir dans cette table ronde.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">J.-P. Fereira fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Nouvelle Z\u00e9lande. Chez les Kali\u2019na, le fleuve est une entit\u00e9 en soi, il est d\u00e9crit comme un \u00eatre humain. On parle de bouche, comme dans d\u2019autres civilisations, de bras, de pieds, de t\u00eate, une transposition quasi-physique du corps humain vers le fleuve. Pour en avoir discut\u00e9 avec des personnes \u00e0 Awala-Yalimapo la notion m\u00eame de personne attribu\u00e9e \u00e0 un fleuve serait pour nous une avanc\u00e9e particuli\u00e8re. \u00c7a reviendrait \u00e0 nier cette fronti\u00e8re, qui nous pose probl\u00e8me, qui nous a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e\u00a0: pour venir chez nous depuis l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve il leur faut un visa, pour aller les voir, \u00e0 30 minutes de navigation, pour une s\u00e9ance de travail, il nous faut un visa. \u00c0 la Kali\u2019na on fait fi des formalit\u00e9s administratives mais, en tant que maire, repr\u00e9sentant une petite partie de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, je ne peux pas en faire fi et c\u2019est extr\u00eamement bloquant dans nos relations de travail. Il importe que les deux \u00c9tats travaillent ensemble pour rendre \u00e0 ce fleuve sa vraie valeur de communication entre les deux rives. Tant du point de vue \u00e9conomique que culturel, la situation actuelle est une aberration.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Depuis la salle Andr\u00e9 Fournel engage une discussion avec Xavier Bailly sur la question des \u00e9changes entre absorption de CO2 et restitution d\u2019oxyg\u00e8ne. Xavier Bailly insiste sur les capacit\u00e9s d\u2019adaptabilit\u00e9 des \u00eatres vivants, par exemple la mani\u00e8re dont l\u2019animal dont il a parl\u00e9 fait avec la proportion d\u2019oxyg\u00e8ne dans ses tissus, deux \u00e0 trois sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu\u2019il peut supporter, ou la mani\u00e8re dont notre \u00e9piderme r\u00e9siste aux effets agressifs du soleil qui provoquent des effets d\u2019oxydation. Il met en avant la notion de bio-mim\u00e9tisme par quoi l\u2019humain s\u2019inspire de ph\u00e9nom\u00e8nes observables dans la nature. Par exemple, s\u2019inspirer de cette capacit\u00e9 \u00e0 produire de l\u2019oxyg\u00e8ne dans le tissu animal pour faire des photo-bio-r\u00e9acteurs de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Le grand d\u00e9fi est d\u2019essayer de comprendre les coop\u00e9rations \u00e0 l\u2019\u0153uvre entre les diff\u00e9rentes entit\u00e9s vivantes qui composent l\u2019organisme dans sa totalit\u00e9, l\u2019holobiont, avec la difficult\u00e9 de pouvoir analyser les \u00e9normes quantit\u00e9s de donn\u00e9es produites. On observe le paradoxe qu\u2019au sein d\u2019un organisme tr\u00e8s r\u00e9sistant, tr\u00e8s r\u00e9silient, o\u00f9 la coop\u00e9ration est hautement fonctionnelle, quand un maillon est touch\u00e9 il fragilise l\u2019ensemble. Ainsi quand un herbicide touche les micro-algues et emp\u00eache la photo-synth\u00e8se.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Andr\u00e9 Fournel pose ensuite une question \u00e0 J.-P. Fereira sur l\u2019\u00e9ventuelle attractivit\u00e9 de la commune d\u2019Awala-Yalimapo pour les autres populations autochtones de Guyane. J.-P. Fereira pr\u00e9cise que le d\u00e9nombrement des populations par origines n\u2019est pas possible en France. On estime cependant \u00e0 environ 15000 personnes la population am\u00e9rindienne de Guyane, une partie sur le littoral (Awala-Yalimapo, Iracoubo, Kourou), une partie sur le haut des fleuves Maroni et Oyapock. Ces populations appartiennent \u00e0 des ethnies compl\u00e8tement diff\u00e9rentes, qui vivent dans des conditions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes les unes des autres. Un Teco ne comprend pas un Kali\u2019na. Le travail de reconqu\u00eate de nos cultures a commenc\u00e9 il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est un travail de longue haleine, complexe quand les personnes ressources ont disparu, comme c\u2019\u00e9tait le cas pour le tambour traditionnel kali\u2019na\u00a0: aujourd\u2019hui cinq groupes de jeunes musiciens sont actifs avec cet instrument. J.-P. Fereira revient sur la marginalisation dont ces populations ont fait l\u2019objet par les politiques assimilationnistes du pouvoir central mais aussi par les repr\u00e9sentants locaux qui ont du mal \u00e0 appr\u00e9hender les r\u00e9alit\u00e9s am\u00e9rindiennes et \u00e0 les int\u00e9grer dans une soci\u00e9t\u00e9 en devenir, dans les politiques publiques.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Quelqu\u2019un dans la salle demande que soit explicit\u00e9e la notion de savoirs situ\u00e9s, qui sous-titre la table ronde d\u2019aujourd\u2019hui. \u00c9milie Hache intervient la premi\u00e8re\u00a0: si la question n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e de mani\u00e8re explicite dans aucune intervention, elle \u00e9tait bien pr\u00e9sente dans chacune d\u2019elles. Pour ce qui la concerne, elle a oppos\u00e9 l\u2019anthropoc\u00e8ne qui pr\u00e9tend parler pour l\u2019esp\u00e8ce humaine en g\u00e9n\u00e9ral sans se positionner g\u00e9ographiquement ni historiquement, posture \u00e0 partir de laquelle on est cens\u00e9 apporter une r\u00e9ponse objective, universelle. \u00c0 l\u2019inverse de ce grand r\u00e9cit viriliste, Donna Haraway propose un point de vue situ\u00e9, \u00e0 partir de connexions particuli\u00e8res qui s\u2019additionnent.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Pour Vinciane Despret, c\u2019est en effet un point commun \u00e0 toutes les interventions que de se positionner de mani\u00e8re situ\u00e9e. Elle rappelle la le\u00e7on de Nathalie Magnan\u00a0: \u00ab\u00a0dans d\u00e9nonciation, il y a \u00e9nonciation\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e0 la m\u00e9fiance quant \u00e0 la pens\u00e9e critique, elle opposait le besoin de dire et de savoir comment le dire. Les interventions qui se sont succ\u00e9d\u00e9 partait chacune d\u2019un point particulier\u00a0: un petit animal singulier, un moment pr\u00e9cis o\u00f9 on a quitt\u00e9 les vrais arbres pour en dessiner, l\u2019histoire locale d\u2019Awala-Yalimapo. Toutes ces histoires singuli\u00e8res vont nous nourrir et interagir. On peut parler d\u2019histoires situ\u00e9es comme de savoirs situ\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Chlo\u00e9 Desmoineaux explicite la volont\u00e9 qu\u2019elle a eu de r\u00e9unir des intervenant.es de statut, d\u2019origine diff\u00e9rentes, qui ne connaissaient pas les sujets les uns des autres, n\u00e9anmoins apparent\u00e9s, et se trouvaient donc tous au m\u00eame niveau d\u2019\u00e9coute, comme les personnes dans la salle. Il s\u2019agissait d\u2019exp\u00e9rimenter comment les liens pouvaient se tisser entre les diff\u00e9rent.es intervenant.es et leurs diff\u00e9rents sujets.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">\u00c0 titre d\u2019exemple, elle rapproche l\u2019intervention de Vinciane Despret de ce qu\u2019elle a lu dans un livre sur la culture kali\u2019na \u00e0 propos du chamanisme, de la mani\u00e8re dont on vit avec les morts, dont on les f\u00eate deux ans apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s\u2026 Elle demande \u00e0 J.-P. Fereira s\u2019il veut bien aborder ces sujets.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">J.-P. Fereira pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit du livre Nana Kali\u2019na, co-\u00e9crit par F\u00e9lix Tiouka, son premier adjoint, et G\u00e9rard Colomb, ethnologue, qui retrace l\u2019histoire des Kali\u2019na jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 du 19\u00e8me si\u00e8cle. Ainsi se croisent deux mani\u00e8res d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019histoire\u00a0: occidentale \u00e0 partir de documents rassembl\u00e9s notamment aux Archives d\u2019Outre-mer \u00e0 Aix-en-Provence, kali\u2019na par la transmission qui s\u2019est faite de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Deux logiques diff\u00e9rentes sont ainsi \u00e0 l\u2019\u0153uvre, scientifique et soci\u00e9tale, deux visions diff\u00e9rentes de m\u00eames faits.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Le chamane, il est le deuxi\u00e8me personnage dans les soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9rindiennes, il entretient un lien particulier avec les esprits, qui ne peut \u00eatre d\u00e9crit que par les initi\u00e9s, ce que J.-P. Fereira pr\u00e9cise ne pas \u00eatre, il ne peut donc pas en parler.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Quant \u00e0 la relation \u00e0 la mort, il pr\u00e9cise que le deuil se r\u00e9alise en plusieurs \u00e9tapes\u00a0: la veill\u00e9e mortuaire organis\u00e9e par la famille, la c\u00e9r\u00e9monie officielle d\u2019entr\u00e9e dans le deuil, enfin, deux ans plus tard, la c\u00e9r\u00e9monie de la coupe de cheveux qu\u2019on a laiss\u00e9s pousser depuis le d\u00e9c\u00e8s. Cette derni\u00e8re \u00e9tape marque la renaissance, la lib\u00e9ration de l\u2019esprit du mort, apr\u00e8s quoi la famille apais\u00e9e peut reprendre une vie normale.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">De la salle, quelqu\u2019un dit qu\u2019il d\u00e9couvre tout aujourd\u2019hui, Nathalie Magnan, qu\u2019il ne connaissait pas, son \u0153uvre, \u00e0 travers les histoires qui ont \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es. Il demande \u00e0 Chlo\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 son \u00e9tudiante, comme Nathalie Magnan lui a enseign\u00e9 les savoirs situ\u00e9s. \u00c9tait-ce \u00e0 travers des histoires\u00a0? A-t-elle une histoire \u00e0 nous raconter \u00e0 son tour\u00a0? Une anecdote\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Chlo\u00e9 r\u00e9pond que la notion de savoirs situ\u00e9s lui a \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e par Nathalie Magnan progressivement par impr\u00e9gnation. Pour l\u2019anecdote, elle raconte comment, alors qu\u2019elle d\u00e9barquait \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019art de Bourges dans ce cours sur la th\u00e9orie des m\u00e9dia, le cyberf\u00e9minisme, le post-porn, dont elle ignorait tout, Nathalie lui avait dit un peu brutalement\u00a0: \u00ab\u00a0Regarde <i>Baise-moi<\/i>\u00a0\u00bb. Elle entend encore sa voix et se souvient combien elle en avait \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e. Elle avoue n\u2019avoir regard\u00e9 que la moiti\u00e9 du film, qui est justement programm\u00e9 ce soir et qu\u2019elle invite tout le monde \u00e0 regarder.<\/p>\n<p class=\"Textbody\">Vinciane Despret rebondit\u00a0: quand quelqu\u2019un s\u2019en va, on se souvient qu\u2019il y a des choses qu\u2019on n\u2019a faites qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9. Le fait qu\u2019on soit ici dans une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage, de questionnement, de partage, d\u2019\u00e9paississement de Nathalie, selon l\u2019id\u00e9e de Magali Molinier, fait que tu vas devoir suivre une directive qu\u2019elle t\u2019a donn\u00e9e, tu vas devoir lui ob\u00e9ir jusqu\u2019au bout maintenant. C\u2019est un geste f\u00e9ministe\u00a0: on saisit les occasions pour refabriquer l\u2019histoire pour qu\u2019elle signifie quelque chose. Parce que Nathalie nous convoque, tu vas \u00eatre oblig\u00e9e de regarder le film jusqu\u2019au bout. Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, la question est\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019on fait avec \u00e7a\u00a0? On fabrique des histoires, pour continuer. Chlo\u00e9 confirme qu\u2019elle a plusieurs fois pens\u00e9 \u00e0 organiser, pour un cercle plus intime, une projection de <i>Baise-moi<\/i>, regardons-le ensemble.<\/p>\n[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]\n<p>Le dernier acte de <strong>Nathalie Magnan<\/strong> a \u00e9t\u00e9 d\u2019appeler l\u2019attention sur celles et ceux qui, chaque jour, tentent de\u00a0traverser la M\u00e9diterran\u00e9e au p\u00e9ril de leur vie. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce voeu, nous vous proposons de soutenir\u00a0l\u2019association civile de sauvetage en mer, <a href=\"http:\/\/bit.ly\/2hpvb9Z.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">SOS MEDITERRANEE<\/a> : <a href=\"http:\/\/bit.ly\/2hpvb9Z.\">http:\/\/bit.ly\/2hpvb9Z.<\/a><\/p>\n[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"qtranxs-available-languages-message qtranxs-available-languages-message-en\">Sorry, this entry is only available in <a href=\"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12848\" class=\"qtranxs-available-language-link qtranxs-available-language-link-fr\" title=\"FR\">French<\/a>. For the sake of viewer convenience, the content is shown below in the alternative language. You may click the link to switch the active language.<\/p>\n<p>TRANS\/\/BORDER, Les Enseignements de Nathalie Magnan \/ La ronde des tables Revue en 8 num\u00e9ros \/ Vid\u00e9o N\u00b02 Fronti\u00e8res et technologies en mer M\u00e9diterran\u00e9e<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3481,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12848"}],"collection":[{"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12848"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12848\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12854,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12848\/revisions\/12854"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3481"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12848"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12848"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bandits-mages.antrepeaux.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12848"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}